France : Le piège du jour sans fin pour Darmanin.

Le ministre de l’Intérieur reçoit les syndicats de police ce mardi pour passer en revue les moyens budgétaires.

Après l’attaque du commissariat de Champigny-sur-Marne (Val de Marne), ce week-end, à coups de barres de fer et de tirs de mortier d’artifice, Gérald Darmanin recevra les syndicats de police mardi place Beauvau pour faire le point sur leurs conditions de travail. Alerté par la hausse des agressions contre les forces de l’ordre, Emmanuel Macron accueillera les organisations syndicales jeudi à l’Élysée.

Champigny G.Darmanin.

Le Livre blanc de la sécurité intérieure sera dévoilé en novembre.

Comme une boucle temporelle qui se répéterait indéfiniment. Depuis l’été, une agression survient et le ministre de l’Intérieur dénonce, fonce, annonce… puis le scénario recommence. Deux agressions de policiers en Ile-de-France ces derniers jours ont braqué la lumière sur la « banalisation de la délinquance » à laquelle Jean Castex voulait s’attaquer. A Herblay (Val-d’Oise), mercredi, deux policiers en civil ont été grièvement blessés par balles par trois individus. À Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne), samedi, une quarantaine de personnes ont projeté des feux d’artifice contre un commissariat, cassant véhicules et bâtiment. Dans l’un et l’autre cas, les auteurs étaient toujours recherchés lundi soir – à Herblay, l’un des trois individus s’est rendu. Le gouvernement se serait bien passé de cette épine dans le pied, forçant le Premier ministre à reconnaître, en pleine deuxième vague épidémique, que « l’insécurité est le point faible de notre pays ». Alerté par ces images désastreuses, Emmanuel Macron recevra tous les syndicats de police jeudi à l’Élysée. Un rendez-vous inédit dans le quinquennat, qui évoque celui de François Hollande après l’attaque contre deux policiers, brûlés dans leur voiture, à Viry-Châtillon (Essonne) en 2016.

« Ne pas se planquer ».

Signe que les sorties de Gérald Darmanin ne suffisent plus : le soutien actif du ministre est bien reçu dans les rangs, où l’on va jusqu’à parler du « massacre d’Herblay » ou de « terrorisme anti-flic », mais l’attente se mue en frustration. « Il fait le job de la communication, mais au-delà des tweets et des déclarations ? », interpelle Stanislas Gaudon, du syndicat Alliance-Police nationale. Son entourage défend « le courage de ne pas se planquer ». Mais son discours martial contre la « sauvagerie » laisse espérer des résultats rapides, alors que le tempo politique n’est pas celui des politiques publiques. « Le risque est qu’il n’y ait que des paroles. Il y a des actes, mais cela demande du temps », concède-t-on à Matignon. Comme la création de 10 000 postes de policiers et gendarmes sur le quinquennat. Cette remontée en puissance, au rythme de 2 000 par an, offre des renforts au compte-gouttes. Depuis 2017, la Seine-Saint-Denis et son 1,6 million d’habitants peuvent ainsi compter sur 179 policiers supplémentaires. À Toulouse, vendredi, Jean Castex en a annoncé 111 d’ici l’an prochain. « Et encore, les tâches indues nous privent de bleu sur la voie publique », regrette Christophe Rouget, du Syndicat des cadres de la sécurité intérieure. Ce mardi, le ministre présente le premier bilan mensuel de la lutte contre la délinquance : amendes contre les usagers de cannabis, saisies de drogue, activité des cellules du renseignement opérationnel sur les stupéfiants…

De quoi montrer l’État à l’œuvre.

Vite. Car l’autre risque est de donner prise à la droite et à l’extrême droite, déterminées à abîmer la stature régalienne d’Emmanuel Macron. « Derrière les tweets de condamnation, rien n’est fait », a accusé Marine Le Pen en réclamant « un tour de vis considérable ». « Il faut que la police puisse tirer. La racaille doit être éradiquée quoi qu’il en coûte ! », a surenchéri Éric Ciotti, député LR des Alpes-Maritimes, en demandant « un couvre-feu garanti par l’armée ». Une autre spirale sans fin… « Si l’exécutif navigue à vue, c’est à cause de l’absence de vision stratégique de l’Intérieur depuis trente ans, analyse le politologue Sébastian Roché. La sécurité des biens et des personnes ne fait pas une stratégie, c’est une exigence minimale. Or le calendrier et le budget ne permettent pas de mener une vraie transformation. Darmanin en est réduit à annoncer des mesures qui existent déjà. » Allusion à l’interdiction au public d’acheter et d’utiliser des feux d’artifice, détournés en armes par destination contre des policiers, ou aux coopérations locales rebaptisées « contrats de sécurité intégrés ». « Chaque année, il y a plus de policiers qui se tuent avec leur arme que de voyous qui tuent des policiers.

S’inquiète-t-on du fléau des suicides ? », compare le chercheur. Gérald Darmanin peut néanmoins inscrire la lutte contre l’insécurité dans l’action du gouvernement. Ainsi appelait-il à « une réponse pénale plus ferme » lundi, dans Le Parisien. « À la coopération police-justice, reformule-t-on à Matignon. Il n’y a pas de laxisme judiciaire. Le problème n’est pas la dureté des peines, mais leur rapidité et leur effectivité. » Éric Dupond-Moretti a fait de la hausse des moyens de la justice son cheval de bataille ; mais là encore, le recrutement de 2 450 magistrats, greffiers et agents pénitentiaires prend du temps. D’ici là, Gérald Darmanin aura sans doute réagi au fait divers suivant.

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