France : Il fut un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître …

FOG Franz-Olivier Giesbert

Il fut un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître où l’esprit critique était enseigné dans les lycées à travers la philosophie, considérée alors comme une matière fondamentale.

Mais l’esprit critique n’est plus lieu d’être dans un monde en régression où chacun est censé penser et se comporter pareillement, comme les moutons de Panurge, moqués par Rabelais.

M. Macron n’a, hélas, pas sonné la fin du concours international de débilités quand il a déclaré, dimanche, que la République « ne déboulonnera pas de statue » et « n’effacera aucune trace ni aucun nom de son histoire ». L’inculture et le culte de la table rase, les deux mamelles du totalitarisme, sont trop puissants pour s’arrêter sur leur lancée.

Sus aux images, aux souvenirs du passé ! Nous revoici revenus à l’âge bête de la Révolution française, qui, avant de se reprendre sur le tard, avait institutionnalisé le vandalisme, au grand dam de l’abbé Grégoire. Têtes coupées, visages martelés, les stigmates de cette politique sont encore visibles sur maints monuments, quand ils n’étaient pas simplement mis en pièces : en 1793, la Convention ordonna l’éradication de tous les signes visuels qui pourraient rappeler l’Ancien Régime. Furent ainsi profanés ou détruits, dans cette frénésie purificatrice, les tombeaux de Saint-Denis ou les statues royales de Notre-Dame de Paris.

L’Histoire de France n’a pas été écrite à l’eau de rose. Certes, en tant que Français(e), on a honte que Colbert a pu écrire, pour le compte de Louis XIV, le fameux Code noir, qui définissait les esclaves des Antilles comme « des meubles », avec toutes les conséquences que l’on sait. Faut-il pour autant de boulonner les statues à son effigie ou débaptiser toutes les rues, places, salles qui portent son nom ? Si on entre dans ce cycle, on n’a pas fini de purger.

« Couvrez ce sein, que je ne saurais voir, dit le Tartuffe de Molière. Par de pareils objets les âmes sont blessées, et cela fait venir de coupables pensées. » Dans la foulée de Colbert, pourquoi ne pas profiter que les tractopelles de la vertu sont sorties pour déboulonner d’autres statues nationales ? Voici, pour montrer la stupidité des revendications de « racialistes », quelques propositions de démolition que la morale imposerait.

D’abord, déboulonnons Jean Jaurès. C’est le Zeus de la gauche, fondateur du journal L’Humanité, défenseur de la veuve, de l’orphelin et du syndicaliste, orateur génial, laïque mais un brin religieux, tout sauf sectaire, dont l’une des devises était : « Nous ne sommes pas tenus, pour rester dans le socialisme, de nous enfuir hors de l’humanité. » En 1898, avant de prendre la défense du capitaine Dreyfus, il déclarait, victime d’une rechute d’antisémitisme : « Nous savons bien que la race juive, concentrée, passionnée, subtile, toujours dévorée par une sorte de fièvre du gain(…) manie avec une particulière habileté le mécanisme capitaliste, mécanisme de rapine, de mensonge, de corset, d’extorsion. »

Ensuite, déboulonnons Jean-Jacques Rousseau. Philosophe du siècle des Lumières comme Voltaire ou Diderot, il fut aussi l’inspirateur de la Révolution française et, d’une certaine façon, du communisme soviétique. Convaincu que l’homme nais sait bon, l’auteur du Contrat social et d’un traité d’éducation (Emile) n’a pas hésité à abandonner les cinq enfants que lui avait donnés sa concubine, la blanchisseuse Marie-Thérèse Levasseur, sous prétexte qu’elle n’aurait pas été capable de les élever. Ce pleurnichard avait la psyché de la gauche qui, plus tard, se reconnaîtra en lui: il voudrait qu’on le plaigne pour les crimes qu’il a commis.

Déboulonnons Victor Hugo. Notre « grand écrivain national », débauché notoire, obsédé de la chosette, coureur de guilledou et de bordels, a pu être accusé de ne pas cracher, parfois, sur les jeunes filles mineures. Avant les résultats de l’enquête qui s’impose et en vertu du principe de la présomption de culpabilité qui régit le pays, effaçons d’urgence toutes les traces du passage sur terre du divin auteur des Misérables. La morale a ses raisons que la raison ne connaît pas.

Déboulonnons aussi Balzac, le roi des mauvaises affaires, qui, en 1828, connut la faillite comme éditeur. Voilà des déboulonnages urgents comme le sont aussi les changements de nom des rues Robespierre, le massacreur de la Terreur, Bugeaud, le « conquérant » de l’Algérie, Karl Marx et consorts. Voilà un beau programme pour les années à venir. Après quoi, on se sentira plus propres et on pourra sûrement dormir tranquilles.

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