1968 – Coté « bobo, gaucho, écolo, collabo » …

Il est des faits divers qui en disent plus long sur nos sociétés que bien des événements majeurs : témoin l’affaire Gabriel Matzneff. Laissons là le personnage. Son vrai talent de plume ne l’empêche pas une fois dépouillé des prestiges de l’écrivain, d’être depuis des décennies ce que l’on nomme un vieux dégoûtant. L’art n’a que faire de la morale, c’est vrai, on l’a répété jusqu’à plus soif, à condition d’ajouter que la morale, de son côté, n’a que faire de l’art. La vraie question est donc de savoir pourquoi le même homme porté au pinacle il y a vingt ans est aujourd’hui voué aux gémonies. Parce que l’époque a changé de paradigme, c’est entendu, mais pourquoi et comment ?

Dans les lendemains de 1968, les belles personnes n’en tenaient que pour l’émancipation sexuelle et la libération du désir.

Sade, qualifié par bravade de « divin marquis » était à la mode, et la supposée perfection de son style – à tout prendre, je préfère Rétif de La Bretonne – servait de pavillon de complaisance à toutes sortes de transgressions, aux souillures, aux tortures, voire au meurtre des victimes du prédateur. Qui se hasardait à le faire remarquer était renvoyé dans les cordes, comme un qui ne comprend rien aux beautés paradoxales de la symbolique libertaire. L’enfant, objet de plaisir, était inconsciemment consentant : n’était-il pas, non l’innocent de la littérature d’édification, mais, selon Freud, un « pervers polymorphe »? Tiens donc ! Il était temps de l’inviter à nos jeux et à nos jouissances. Beaucoup prétendaient qu’après la légitimation de l’homosexualité celle de la pédophilie ne serait que l’étape suivante.

Or c’est le contraire qui s’est produit : l’innocence de l’enfant a de nouveau droit de cité. On a renoncé à nous casser les pieds avec la pureté de l’écriture sadienne et à nous suggérer qu’un imparfait du subjonctif bien placé justifiait que l’on sodomisát les écolières.

Oui, il s’agit d’un changement complet de paradigme.

Au « jouir sans entraves » a succédé la reconnaissance de la dignité et des droits des personnes, ceux des femmes et des enfants compris. Car, j’en suis convaincu, ce sont au moins pour partie, les combats pour l’émancipation de la femme qui ont permis de jeter un autre œil sur cette victime suprême : l’enfant. Il m’arrive d’être agacé par certaines précieuses ridicules – il n’est pas de grande cause en France qui n’aient ses Cathos et ses Magdelon – mais, fondamentalement, grâce à la révolte féminine, nous vivons une époque sexuellement plus civilisée que les précédentes. L’homme n’est plus une simple machine à s’éclater mais un être conscient capable de maîtriser ses passions. C’est égal : on ne dira jamais assez le pouvoir quasi absolu de la littérature en France, ou plutôt de ceux qui se mettent en bande pour en accaparer le prestige: le milieu parisien, le VIe arrondissement, les titulaires des rubriques littéraires des grands journaux, les jurés des quelque deux mille prix qui se décernent chaque année en France, les académiciens de toute sorte et de toute farine, les éditeurs influents, les écrivains ratés et revanchards, les téléviseux ignares, ce petit monde qui a droit de vie et de mort sur tout ce qui se publie, et qui a fait tant et si bien qu’il a asséché depuis quatre-vingts ans les filons les plus riches et les sources jaillissantes de notre littérature.

Faut-il que ce pouvoir soit puissant, tyrannique et même totalitaire pour qu’en 1977 une lettre ouverte.

Lettre ouverte en faveur de la dépénalisation des relations sexuelles entre mineurs et adultes protestant contre la détention de trois hommes « pour une simple affaire de mœurs » (sic) fût signée par Roland Barthes, Gilles Deleuze, Simone de Beauvoir, Jean-Paul Sartre, André Glucksmann, bientôt rejoints par Françoise Dolto, Louis Althusser, Jacques Derrida et fasse autorité. Et honneur à Michel Foucault, Marguerite Duras et Hélène Cixous pour avoir refusé de s’associer à cette tentative de justification du trafic d’esclaves. A Paris, si le milieu décide qu’il fait jour à minuit, tout ce qu’il y a de branché y chausse des lunettes de soleil.

Alors, bienvenue au livre de Vanessa Springora, le Consentement (Grasset), qui, avec courage et talent, fait justice de ces impostures. Car les méfaits de la tribu délirante ne se limitent pas aux mœurs. A quelques variantes près, ce sont les mêmes qui ont donné en leur temps sa légitimité au stalinisme, au maoïsme, au polpotisme. Le sentiment d’un pouvoir intellectuel et moral, acquis parfois par le talent et plus souvent par le copinage, est tel qu’il dispense ses heureux titulaires de tout recours à la vérité.

Dictature d’opinion,

 Ce n’est du reste pas un hasard si cette dictature d’opinion qui a couvert et même glorifié les faits abominables que j’ai relatés, de la pédophilie la plus sordide au totalitarisme le plus abject, a eu raison de la littérature elle-même. A cause des effets d’une critique littéraire dont l’arbitraire touche, avec le recul, au burlesque – essayez donc de relire aujourd’hui S/Z essai de Roland Barthes consacré à Sarrasine, une nouvelle de Balzac. C’est à mourir de rire. Nous voilà, me direz-vous, bien loin de Gabriel Matzneff et de sa PME de gamines à dépuceler. Mais non ce qui, à travers les mœurs, la politique la littérature éclate désormais au grand jour, c’est le naufrage d’une génération qui, par prétention, ivresse du pouvoir et ignorance – la plupart des susnommés ignoraient tout de ce dont ils parlaient – a ramené la France à l’état de puissance intellectuelle de deuxième ordre.

Rien contre la « chasse » aux pédophiles ou encore aux féminicides.

Mais la liberté « d’expression » n’existe plus…la « pensée »unique « gaucho-bobo-écolo » s’impose…Le mâle blanc disparaît…Le vivre « ensemble » est imposé…

Reliquat de mai 68? Non action concerté du politique et des médias qui pour « meubler », pour se « donner » bonne conscience, imposent la défense des minorités. Plus facile de traiter les problèmes soit disant de « sociétés » que les problèmes économiques (chômage, déficit, retraites…)

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